Construire un projet de recherche suppose de distinguer plusieurs notions souvent utilisées sans toujours être clairement définies : titre, thème, sujet, problématique, question de recherche, objet de recherche, ontologie, épistémologie, méthodologie et méthodes de recherche.
Ces différents éléments ne sont pas indépendants. Ils participent à la construction progressive d’une recherche et doivent former un ensemble cohérent, depuis la définition du sujet jusqu’aux choix méthodologiques.
Dans cet article, nous allons donc clarifier ces différentes notions et leurs relations, en accordant une attention particulière à l’ontologie et à l’épistémologie en recherche, qui permettent notamment de mieux comprendre la posture du chercheur et les choix méthodologiques qui en découlent.
Nous verrons enfin comment ces choix peuvent influencer la manière de concevoir et de structurer un travail de recherche.
Avant d’aborder l’ontologie et l’épistémologie, il est utile de replacer ces notions dans la construction globale d’une recherche. Du thème initial aux choix méthodologiques, plusieurs éléments s’articulent progressivement et doivent rester cohérents entre eux.
Commençons par distinguer le titre, le thème et le sujet de recherche, avant d’aborder la problématique, l’objet de recherche puis les choix ontologiques, épistémologiques et méthodologiques.

Le titre d’une recherche
Le titre d’une recherche doit permettre d’identifier clairement et précisément l’objet du travail. Il peut notamment faire apparaître les principaux concepts étudiés et, lorsque cela est pertinent, certains éléments relatifs à la population, au contexte ou à la méthodologie.
Au début d’un projet, il est tout à fait possible de travailler avec un titre provisoire. Il n’est donc pas nécessaire de chercher immédiatement une formulation définitive : le titre pourra évoluer au fur et à mesure que le sujet, la problématique et les choix méthodologiques se préciseront.
Sa formulation définitive intervient généralement lorsque la recherche est suffisamment avancée pour que le titre reflète fidèlement le travail effectivement réalisé.

Le thème d’une recherche
Toute recherche part généralement d’un thème, c’est-à-dire d’un domaine relativement large auquel le chercheur s’intéresse. En psychologie, par exemple, l’autisme, la qualité de vie ou encore les psychothérapies peuvent constituer des thèmes de recherche.
Le thème ne constitue toutefois pas encore un sujet de recherche. Le sujet est plus précis : il délimite progressivement ce que l’on souhaite réellement étudier, notamment en précisant une population, un phénomène, un contexte ou certains concepts.
Par exemple, « la qualité de vie des patients atteints d’un cancer colorectal suivant une chimiothérapie » constitue un sujet de recherche beaucoup plus délimité que le seul thème du « cancer colorectal » ou de la « qualité de vie ».
Cette distinction peut être représentée sous la forme d’un entonnoir : la construction d’une recherche conduit progressivement d’un thème général vers un sujet plus précis, qui sera ensuite lui-même approfondi et délimité à travers la littérature scientifique.

Pour aller plus loin sur cette étape, je vous invite à lire l’article « 5 conseils pour trouver un bon sujet de recherche »

La problématique d’une recherche
À mesure que le sujet se précise, l’exploration de la littérature scientifique — et, selon les recherches, l’observation du terrain — permet de faire émerger une problématique de recherche.
Mais qu’est-ce qu’une problématique ? Il ne s’agit pas simplement d’un sujet formulé sous la forme d’une question. La problématique correspond à la construction et à la mise en perspective d’un problème de recherche, à partir des connaissances existantes, de leurs limites, de leurs contradictions ou encore d’un phénomène qui mérite d’être mieux compris.
Elle permet ainsi de montrer pourquoi une recherche mérite d’être menée et conduit progressivement à formuler une ou plusieurs questions de recherche et, lorsque la démarche s’y prête, des hypothèses.
La problématique participe donc à la délimitation progressive du sujet : celui-ci est exploré, confronté à la littérature et transformé en un véritable problème de recherche.

La construction de la problématique conduit ainsi à préciser progressivement ce que la recherche cherche effectivement à étudier. On aboutit alors à ce que l’on appelle l’objet de recherche, qui ne se confond ni avec le thème général ni avec le sujet de départ.
L’objet de recherche
L’objet de recherche correspond à ce que le chercheur cherche précisément à étudier. Il ne s’agit pas simplement d’une réalité qui serait donnée d’avance : cet objet est progressivement construit et délimité par le chercheur à partir de son sujet, de sa problématique et des connaissances disponibles.
Cette construction peut notamment s’appuyer sur un cadre théorique ou conceptuel, qui permet de définir les concepts mobilisés et d’orienter la manière dont l’objet sera étudié.
La recherche vise alors à produire des connaissances permettant de répondre à la problématique et aux questions de recherche, et ainsi de contribuer, même modestement, au champ disciplinaire concerné.
Une fois l’objet, la problématique et les questions de recherche suffisamment précisés, il devient possible de déterminer comment la recherche sera conduite concrètement. Cela conduit aux choix méthodologiques et aux méthodes de recherche.

De la problématique aux choix épistémologiques et méthodologiques
Une fois la problématique et les questions de recherche précisées, il faut déterminer comment produire les connaissances nécessaires pour y répondre. Les choix méthodologiques ne découlent donc pas uniquement du sujet étudié : ils doivent être cohérents avec les objectifs de la recherche, la nature des questions posées et la manière dont le chercheur conçoit la réalité et la production des connaissances.
C’est ici qu’interviennent notamment les notions d’ontologie et d’épistémologie, que nous allons préciser dans les sections suivantes.
Une recherche peut par ailleurs trouver sa justification de différentes manières. Elle peut, par exemple, chercher à combler un manque dans les connaissances existantes (knowledge gap), à approfondir ou remettre en question des connaissances antérieures, à mieux comprendre un phénomène encore peu étudié ou encore à répondre à un problème issu du terrain.
Ces différentes orientations ne constituent pas des paradigmes opposés. Une même recherche peut d’ailleurs articuler plusieurs de ces finalités. L’essentiel est de pouvoir justifier la pertinence de la recherche et d’assurer une cohérence entre la problématique, les questions de recherche, la posture épistémologique et les choix méthodologiques.
L’identification d’un knowledge gap constitue ainsi une manière possible de construire et de justifier une problématique de recherche. J’aborde plus précisément cette démarche dans l’article « Comment trouver une problématique de recherche ? ».

L’ontologie de la recherche
Abordons à présent la question de l’ontologie, une notion importante pour comprendre les présupposés qui sous-tendent une démarche de recherche.
Au sens général, l’ontologie s’intéresse à la nature de ce qui existe et à la nature de la réalité. Appliquée à la recherche, elle conduit notamment à s’interroger sur la manière dont le chercheur conçoit la réalité qu’il cherche à étudier.
Une question ontologique fondamentale peut ainsi être formulée simplement : quelle est la nature de la réalité que j’étudie ?
Selon les conceptions adoptées, la réalité peut être considérée comme existant indépendamment de celui qui l’observe, ou au contraire comme étant construite ou interprétée à travers les expériences, les interactions et les contextes sociaux.
Dans une perspective réaliste, on considère ainsi qu’une réalité existe indépendamment de nos représentations ou de notre connaissance de celle-ci. Différentes positions sont néanmoins possibles quant à la manière dont cette réalité peut être connue.
Dans une perspective constructiviste ou constructionniste, l’accent est davantage mis sur la manière dont les réalités et les significations sont construites par les individus, les groupes ou les interactions sociales. Plusieurs compréhensions d’un même phénomène peuvent alors coexister selon les personnes et les contextes étudiés.
Ces positions ne doivent cependant pas être assimilées automatiquement à une opposition entre recherche quantitative et recherche qualitative. Une posture ontologique ne détermine pas à elle seule une méthode particulière : elle participe à un ensemble de choix qui doivent rester cohérents avec la problématique, les questions de recherche et la posture épistémologique du chercheur.

L’épistémologie de la recherche
L’épistémologie s’intéresse à la nature et aux conditions de production de la connaissance. Dans le cadre d’une recherche, elle conduit notamment à se demander : comment pouvons-nous connaître et étudier la réalité qui nous intéresse ?
Elle est donc étroitement liée aux présupposés ontologiques du chercheur. Si l’ontologie interroge la nature de la réalité, l’épistémologie interroge la manière dont nous pouvons produire des connaissances sur cette réalité.
Il existe différentes postures épistémologiques. Dans une perspective positiviste ou post-positiviste, le chercheur cherche notamment à produire des connaissances à partir d’observations empiriques et de procédures permettant de confronter des propositions théoriques aux données.
Dans une perspective interprétativiste ou constructiviste, l’objectif est davantage de comprendre les significations que les individus attribuent à leurs expériences, à leurs actions ou aux phénomènes étudiés, en tenant compte de leur contexte.
D’autres postures existent également, et les frontières entre elles ne sont pas toujours aussi tranchées. Le pragmatisme, par exemple, occupe une place importante dans certaines recherches, notamment dans le cadre des méthodes mixtes, en accordant une attention particulière à la question de recherche et aux connaissances utiles pour y répondre.
L’enjeu n’est donc pas de rattacher automatiquement une posture épistémologique à une méthode particulière, mais de rechercher une cohérence entre la manière de concevoir la réalité, la façon de produire des connaissances, les questions de recherche et les choix méthodologiques.

Différence entre méthode de recherche et méthodologie de recherche
Les termes méthode de recherche et méthodologie de recherche sont souvent employés de manière interchangeable. Pourtant, ils ne désignent pas exactement la même chose.
1) La méthodologie de la recherche
La méthodologie de recherche désigne la réflexion et la stratégie générale qui permettent de déterminer comment une recherche sera conduite et pourquoi certains choix méthodologiques sont retenus.
Elle permet d’assurer la cohérence entre la problématique, les questions de recherche, les éventuelles hypothèses, la posture épistémologique et les moyens mobilisés pour produire et analyser les données.
Certaines approches méthodologiques reposent sur des cadres particulièrement structurés. C’est notamment le cas de la théorie ancrée (grounded theory), de la phénoménologie ou encore de certaines formes de recherche-action.
La méthodologie ne consiste donc pas simplement à énumérer les outils utilisés : elle consiste aussi à justifier les choix effectués pour répondre aux questions de recherche.
2) Les méthodes de recherche
Les méthodes de recherche renvoient davantage aux procédures concrètes mises en œuvre pour recueillir, produire ou analyser les données.
Selon la recherche, le chercheur pourra par exemple recourir à des entretiens, des questionnaires, des observations, des expérimentations ou des analyses documentaires, puis mobiliser différentes méthodes d’analyse quantitatives ou qualitatives.
Ainsi, indiquer que l’on réalise des entretiens ne suffit pas à décrire une méthodologie : il faut également expliquer pourquoi cette manière de produire des données est appropriée au regard de la question de recherche et comment ces données seront analysées.
En résumé, la méthodologie concerne la logique générale et la justification de la démarche, tandis que les méthodes concernent davantage sa mise en œuvre concrète. L’essentiel est de maintenir une cohérence entre la problématique, les questions de recherche, la posture épistémologique, la méthodologie et les méthodes utilisées.
L’oignon de la recherche : comment construire ses choix méthodologiques ?
Pour mieux comprendre comment s’articulent les différents choix effectués au cours d’une recherche, Saunders, Lewis et Thornhill proposent une représentation connue sous le nom de « Research Onion », ou « oignon de la recherche ».
Le principe est simple : la conception d’une recherche peut être représentée sous la forme de couches successives, allant des choix les plus généraux concernant la philosophie de recherche jusqu’aux décisions les plus opérationnelles relatives à la collecte et à l’analyse des données.
L’intérêt de ce modèle est de rappeler qu’une méthode ne se choisit pas isolément. Elle s’inscrit dans un ensemble de décisions qui doivent rester cohérentes avec la problématique et les questions de recherche.

👉 Voir la version originale du « Research Onion »
1) La philosophie de la recherche
La couche extérieure de l’oignon concerne la philosophie de recherche. Elle renvoie aux présupposés du chercheur concernant la réalité, la connaissance et la manière dont il est possible de produire des connaissances sur le phénomène étudié.
Cette première couche fait donc directement écho aux notions d’ontologie et d’épistémologie présentées précédemment.
Dans le modèle de Saunders et ses collaborateurs, plusieurs philosophies de recherche sont distinguées, notamment le positivisme, le réalisme critique, l’interprétativisme, le postmodernisme et le pragmatisme.
Ces différentes positions influencent la manière dont le chercheur conçoit son objet de recherche et les connaissances qu’il cherche à produire. Elles ne doivent toutefois pas être comprises comme des catégories imposant automatiquement une méthode particulière : l’enjeu reste avant tout d’assurer la cohérence entre la question de recherche, la posture adoptée et les choix méthodologiques.
2) L’approche du développement et de la théorie
La deuxième couche de l’oignon concerne la manière dont le chercheur articule théorie et données empiriques. Trois formes principales de raisonnement peuvent être distinguées : la déduction, l’induction et l’abduction.
Dans une approche déductive, le chercheur part généralement de connaissances ou de propositions théoriques existantes pour formuler des hypothèses qu’il va ensuite confronter aux données. Le raisonnement va ainsi principalement de la théorie vers les données empiriques.
Dans une approche inductive, le mouvement est plutôt inverse. Le chercheur part des données recueillies et de leur analyse pour faire émerger progressivement des régularités, des concepts ou des propositions théoriques. Le raisonnement va alors principalement des données vers la théorie.
L’abduction repose davantage sur des allers-retours entre théorie et données. Face à une observation, notamment lorsqu’elle est inattendue ou insuffisamment expliquée par les connaissances existantes, le chercheur mobilise et fait évoluer différentes explications possibles. Les données peuvent ainsi conduire à reconsidérer la théorie, qui elle-même oriente de nouvelles observations ou analyses.
Ces trois logiques ne doivent pas nécessairement être envisagées comme totalement exclusives. Selon le projet et son évolution, une recherche peut mobiliser différents mouvements entre théorie et données, l’essentiel étant de pouvoir expliciter et justifier la démarche adoptée.
3) Le choix méthodologique
La troisième couche de l’oignon concerne le choix méthodologique, c’est-à-dire la manière dont le chercheur va articuler les approches quantitatives et qualitatives au sein de son étude.
Une recherche peut tout d’abord reposer sur une mono-méthode quantitative ou une mono-méthode qualitative. Dans ce cas, le chercheur mobilise une seule approche méthodologique pour répondre à ses questions de recherche.
Il est également possible de recourir à plusieurs méthodes relevant d’une même approche. On parle alors de multi-méthodes quantitatives lorsque plusieurs méthodes quantitatives sont combinées, ou de multi-méthodes qualitatives lorsqu’il s’agit de plusieurs méthodes qualitatives.
Enfin, les méthodes mixtes (mixed methods research) consistent à intégrer au sein d’une même recherche des approches quantitatives et qualitatives. Leur intérêt ne réside pas simplement dans le fait de recueillir deux types de données : leur utilisation suppose une véritable articulation, voire une intégration, des composantes quantitatives et qualitatives afin de répondre à la problématique de recherche.
Le choix entre mono-méthode, multi-méthodes et méthodes mixtes doit donc être guidé avant tout par les questions de recherche et les connaissances que l’on souhaite produire, plutôt que par une préférence préalable pour un outil ou un type de données.
4) La stratégie de recherche
La quatrième couche de l’oignon concerne la stratégie de recherche, c’est-à-dire l’organisation générale retenue pour conduire concrètement l’étude et répondre aux questions de recherche.
Saunders et ses collaborateurs présentent plusieurs stratégies possibles, parmi lesquelles l’expérimentation, l’enquête (survey), l’étude de cas, l’ethnographie, la recherche-action, la théorie ancrée (grounded theory), la recherche narrative ou encore la recherche documentaire et archivistique.
Le choix d’une stratégie dépend notamment de la question de recherche, des objectifs poursuivis, du phénomène étudié, du contexte et des données auxquelles le chercheur peut accéder.
Une expérimentation cherchera, par exemple, à étudier l’effet d’une ou plusieurs variables dans des conditions définies, tandis qu’une étude de cas permettra d’examiner de manière approfondie un phénomène dans son contexte. L’ethnographie privilégiera l’étude des pratiques et des significations au sein d’un groupe ou d’un milieu, alors que la recherche-action associera production de connaissances et intervention dans une situation concrète.
Ces stratégies ne doivent pas être confondues avec les techniques de collecte des données. Une étude de cas, par exemple, peut mobiliser des entretiens, des observations, des questionnaires ou des documents. La stratégie correspond donc à une conception plus globale de la manière dont la recherche sera conduite.
5) L’horizon temporel
La cinquième couche de l’oignon concerne l’horizon temporel de la recherche, c’est-à-dire la manière dont l’étude prend en compte la dimension du temps.
Saunders et ses collaborateurs distinguent principalement les recherches transversales et longitudinales.
Une étude transversale examine un phénomène à un moment donné ou sur une période relativement limitée. Elle permet, par exemple, de décrire une situation, d’étudier des associations entre différentes variables ou d’explorer les expériences d’une population au cours d’une période déterminée.
Une étude longitudinale repose au contraire sur l’étude d’un phénomène au cours du temps. Elle implique généralement plusieurs temps d’observation ou de mesure et permet notamment d’examiner des évolutions, des trajectoires ou des changements.
Le choix de l’horizon temporel dépend donc directement de la question de recherche. Si celle-ci porte sur une évolution ou un changement au cours du temps, un dispositif longitudinal pourra être nécessaire, tandis qu’une approche transversale pourra être suffisante lorsque l’objectif est d’étudier un phénomène à une période donnée.
6) Les techniques et procédures de collecte et d’analyse des données
La dernière couche de l’oignon correspond aux techniques et procédures concrètement mises en œuvre pour recueillir et analyser les données. Elle constitue le niveau le plus opérationnel du projet de recherche.
Le chercheur doit notamment déterminer quelles données sont nécessaires, auprès de quelle population ou de quelles sources elles seront recueillies, selon quelles modalités et comment elles seront ensuite analysées.
La collecte peut ainsi reposer sur différentes techniques telles que les questionnaires, entretiens, observations, mesures expérimentales ou analyses de documents. Le chercheur doit également préciser les modalités d’échantillonnage ou de sélection des participants, ainsi que les procédures utilisées pour assurer la qualité du recueil des données.
Les méthodes d’analyse dépendent quant à elles de la nature des données et des objectifs de la recherche. Elles peuvent notamment mobiliser des analyses statistiques pour les données quantitatives ou différentes formes d’analyse qualitative, comme l’analyse thématique, pour les données qualitatives.
Cette dernière couche permet de comprendre l’intérêt de l’ensemble de l’oignon : le choix d’un questionnaire, d’un entretien ou d’une technique d’analyse ne devrait pas constituer le point de départ de la recherche. Ces décisions prennent leur sens lorsqu’elles sont cohérentes avec les différentes couches qui les précèdent, depuis la philosophie de recherche jusqu’à la stratégie et à l’horizon temporel retenus.
L’« oignon de la recherche » montre ainsi que la conception d’une recherche repose sur plusieurs niveaux de décision qui s’articulent entre eux. L’enjeu n’est pas de suivre mécaniquement ces couches dans un ordre imposé, mais de rechercher une cohérence d’ensemble entre la problématique, les questions de recherche et les différents choix effectués.
Ces choix vont également influencer la manière dont le travail de recherche sera organisé et présenté. Voyons maintenant quelle structure peut être adoptée pour un mémoire, une thèse ou un article scientifique.

Quelle structure adopter pour un travail de recherche ?
La structure d’un mémoire, d’une thèse ou d’un article scientifique dépend de nombreux éléments : la discipline, les objectifs de la recherche, les questions posées, la méthodologie retenue mais aussi les consignes de l’établissement, de la revue ou de l’encadrant.
Il n’existe donc pas un plan qui découlerait automatiquement d’un paradigme épistémologique. Néanmoins, certaines grandes composantes se retrouvent fréquemment dans les travaux de recherche :
- une introduction, qui présente et contextualise la recherche ;
- une revue de la littérature, permettant de situer le travail par rapport aux connaissances existantes ;
- une problématique, accompagnée d’une ou plusieurs questions de recherche et, lorsque la démarche s’y prête, d’hypothèses ;
- une partie consacrée à la méthodologie et aux méthodes, dans laquelle sont présentés et justifiés les choix effectués pour conduire la recherche ;
- la présentation et l’analyse des données recueillies ou produites ;
- une discussion, qui met les résultats en perspective avec la littérature, examine leurs apports et leurs limites ;
- une conclusion, qui synthétise les principaux enseignements de la recherche et peut ouvrir sur de nouvelles perspectives.
L’organisation et l’importance accordée à chacune de ces parties peuvent varier considérablement. Une recherche quantitative expérimentale, une enquête qualitative, une étude de cas, une recherche-action ou encore une recherche par méthodes mixtes ne seront pas nécessairement présentées de la même manière.
De même, la qualité et la rigueur d’une recherche doivent être examinées quelle que soit l’approche retenue. Les critères et les procédures permettant de les apprécier peuvent cependant différer selon les méthodologies : validité et fidélité des mesures, validité interne ou externe, crédibilité, réflexivité, triangulation, transparence du processus analytique, etc.
En pratique : avant d’adopter un plan particulier, vérifiez toujours les consignes de votre établissement, de votre directeur de mémoire ou de thèse, ou de la revue scientifique à laquelle votre travail est destiné.
Conclusion

Construire une recherche cohérente ne consiste pas simplement à choisir une méthode de collecte de données. Le thème, le sujet, la problématique, l’objet de recherche, les questions de recherche, la posture épistémologique, la méthodologie et les méthodes doivent s’articuler de manière cohérente.
Les choix ontologiques et épistémologiques permettent notamment de réfléchir à la nature de la réalité étudiée et à la manière dont des connaissances peuvent être produites à son sujet. Ils ne déterminent cependant pas mécaniquement l’utilisation d’une méthode quantitative ou qualitative.
Cette construction n’est pas nécessairement linéaire. Au cours d’un projet, le chercheur peut revenir sur sa problématique, préciser son objet, faire évoluer ses questions de recherche ou ajuster certains choix méthodologiques. La recherche se construit souvent par des allers-retours entre ces différents éléments.
Cette recherche de cohérence est particulièrement visible dans les méthodes mixtes, qui articulent des approches quantitatives et qualitatives au sein d’un même projet. Je vous invite à ce sujet à consulter mon article « Comment utiliser les méthodes mixtes en recherche ».
📚 Références bibliographiques
Creswell, J. W., & Creswell, J. D. (2023).
Research design: Qualitative, quantitative, and mixed methods approaches
(6th ed.). SAGE Publications.
Creswell, J. W., & Plano Clark, V. L. (2018).
Designing and conducting mixed methods research
(3rd ed.). SAGE Publications.
Crotty, M. (1998).
The foundations of social research: Meaning and perspective in the research process.
SAGE Publications.
Guba, E. G., & Lincoln, Y. S. (1994).
Competing paradigms in qualitative research.
In N. K. Denzin & Y. S. Lincoln (Eds.),
Handbook of qualitative research (pp. 105–117).
SAGE Publications.
Saunders, M. N. K., Lewis, P., & Thornhill, A. (2016).
Research methods for business students
(7th ed.). Pearson Education.
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Je vous dis à très bientôt,
Christophe COUSI

13 Comments
Merci pour nous avoir facilité la compréhension des fondements philosophiques de la recherche en des termes simples. Vous avez parlé de deux courants opposés et mêmes « extrêmes » (positivisme et constructivisme) et de leurs implication dans la démarche de recherche. Mais un(des) courant(s) intermédiaire(s) existe(nt) notamment le réalisme. Voudriez-vous nous en simplifier aussila compréhension?
Merci pour votre commentaire ; en effet, il existe différents courants philosophiques qui peuvent influencer la recherche et qui sont par exemple, le réalisme critique, le post-modernisme, le pragmatisme… J’ai préféré simplifier la présentation car c’est souvent présenté de la sorte lorsqu’on entre pas dans les détails. Cela m’a permis de jouer sur les opposés.
Toutefois, il est clair et évident qu’il existe des positions intermédiaires à prendre en compte dans sa réflexion.
Merci pour cet article. Vous écrivez de façon claire et accessible et je me retrouve un peu mieux dans la différence entre ontologie et épistémologie.
Merci pour votre commentaire, c’est très appréciable et m’incite à continuer. Très bonne continuation à vous.
Merci pour vos éclairages et vos talents de vulgarisateurs !
Merci pour votre commentaire !
Je vous remercie pour votre disponibilité et courage de mettre ces connaissances à la disposition de publique lecteur. Aboubacar Dabo , philosophe de formation.
Merci pour votre commentaire.
Bjr Monsieur. Merci pour vos explications
Merci à vous de votre feedback.
Pingback: Pouvoir et savoir : entre ontologie et épistémologie, comprendre les savoirs-pouvoirs – Homo Hortus
Bonjour monsieur;
J’ai beaucoup apprécié votre article. Il est présenté en des termes clairs, de façon logique et étayé d’exemples pratiques! Vraiment vous êtes un bon enseignant. Mes félicitations!
Merci pour votre commentaire. Gratitude pour vos beaux mots.